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Lot 233
L.A.S., Nohant 5 février 1863, à Elme Caro; 3 pages et demie in-8 à son chiffre. Au sujet de ses petits-neveux Simonnet. Elle remercie Caro: «c'est à vous certainement que ma nièce doit le succès de ses démarches, et la promptitude particulière qui a présidé à ce succès ! Mon petit neveu Edme Simonnet est donc reçu, grâce à un examen express, dont il ne s'est pas mal tiré, et, à présent, la petite mère, toute bouleversée d'émotion et de joie, n'a plus qu'un voeu à former: c'est que son jeune boursier soit admis au lycée de Châteauroux où elle placera aussitôt son jeune frère [Albert], car elle tient à ne pas les séparer, et elle aspire à les voir rester près d'elle. Vous devez avoir vu, ou vous allez voir l'aîné des trois [René], le grand timide qui est à Paris pour son examen au baccalauréat, et que nous chargeons de vous remercier pour nous. Celui là est un grand benet, très intelligent et que nous adorons pour sa bonté, son dévouement et sa raison. Que ferons nous de lui, quand il sera bachelier es lettres ? Nous ne savons pas. S'il osait vous parler et vous demander conseil, quatre mots venant de vous pèseraient dans sa vie. Mais il n'osera pas, et nous autres femmes, nous ne savons guères décider de l'avenir d'un garçon»... Elle charge Caro de transmettre au ministre «toute la reconnaissance de la mère et de la grand'tante»
400 € - 500 €
Lot 234
L.A.S., Nohant 18 septembre 1863, à Fortuné Lapaine, préfet de Constantine; 4 pages in-8 à son chiffre, enveloppe. Elle lui recommande son ami Sigismond Maulmond, «qui désire faire régulariser son titre de propriété dans la province de Constantine», et qui «est, en France, un propriétaire important de mon voisinage, habile agriculteur, homme de coeur et de progrès, et jouissant d'une très réelle considération. Je suis sûre que par lui-même il a tous les droits à votre bienveillant appui, et qu'il saurait les faire valoir. Mais je suis heureuse de trouver l'occasion de me rappeler à votre bon souvenir et de vous remercier encore une fois de vos excellentes lettres et de vos généreuses intentions pour mon ami Patureau. Mon rêve de voyage à Constantine est ajourné. La famille me tient au gîte par une douce violence, ma belle fille nous ayant donné récemment la joie d'un beau petit garçon [Marc, né en juillet, et qui mourra en juillet 1864] qu'elle nourrit et qui a besoin de moi comme berceuse. Quand je serai enfin libre, aurai-je encore des jambes pour courir ? N'importe; je me le persuade toujours, et mon coeur m'indique les chemins que je voudrais prendre. Croyez [...] que vous êtes pour beaucoup dans l'attrait qui m'appelle en Afrique, et que si je n'y vais jamais, ce qui est bien possible, je ne m'en rappellerai pas moins, et toujours, l'appel gracieux de votre sympathie»
700 € - 800 €
Lot 235
2 L.A.S., [Paris 9-27 mars 1864, à son ami Alexandre Bixio]; 1 et 2 pages in-12, et 4 pages in-8 (chiffre découpé dans la 3e lettre avec perte de quelques mots). [10743, 10751, 10776] Démarches pour placer sa domestique Marie Caillaud à la Manufacture des tabacs de Châteauroux. Mercredi soir [9 mars]. «Cher ami, j'ai un petit service à vous demander. Pouvez-vous venir de 4 à 5 à mon grenier, demain, vendredi, ou samedi ? Je pars dimanche ou lundi»... [11 mars]. Elle a reçu des renseignements. «Il n'y a dans les manufactures de tabac que des ouvriers à la tâche. La personne à laquelle je m'intéresse accepte cette position et la désire même». Elle prie Bixio de plaider sa cause près du «au grand patron des tabacs»... 7 [27] mars. Elle charge Bixio de remercier Eugène Rolland (directeur des Manufactures): «Sa gracieuse lettre a ouvert toutes grandes les portes de la manufacture de Châteauroux à mon ami Manceau qui est allé aux renseignements, mais qui est revenu avec la conviction que la vie d'atelier et la société qui s'y trouve étaient impossibles pour notre jeune [nom coupé]», et on le lui a déconseillé: «nous gardons notre Marie jusqu'à ce que je lui aie trouvé une très bonne position. Rien ne presse. [...] Ce qui lui conviendrait, ce serait d'être, comme chez moi, femme de charge, menant une maison entière, gouvernant tout de la cave au grenier. C'est une fonction où elle excelle et sa distinction à tous égards est si grande qu'on peut l'admettre à une sorte d'intimité avec une confiance entière. Il faudrait lui faire trouver une excellente famille ou une vieille dame à dorlotter. C'est un véritable trésor dont je suis forcée de me priver et que mes enfants voudraient bien garder. Mais ils ne sont pas riches, et si je me sépare d'elle, c'est pour qu'elle trouve un sort plus avantageux, pécuniairement parlant»... Elle ajoute à propos de son petit-fils: «Le petit Marc est un bijou»
1 000 € - 1 500 €
Lot 236
L.A.S., Nohant 3 mars [pour avril] 1864, à son ami Alexandre Bixio; 3 pages in-8 à son chiffre. [10791] En faveur du «pauvre Henry Bocage, le fils de notre vieux ami, pour qui vous avez déjà beaucoup fait et qui se trouve tout réduit et tout arriéré par suite de fusions de sociétés de chemin de fer. C'est à vous qu'il devait sa position qu'on ne lui a pas conservée; il est si gêné maintenant dans son petit emploi qu'il a recours à moi pour que j'aie recours à vous. Il craint d'user votre bienveillance en allant vous trouver, mais il me dit que si vous aviez un coin à lui donner ou à lui faire donner soit à Paris, soit à Turin, vous le sauveriez d'une bien triste et bien dure existence. Faites ce que vous pourrez cher ami. Voilà mon devoir rempli, et je n'insiste pas parce que je sais que quand vous ne faites pas ce qu'on vous demande, c'est que vous ne le pouvez pas. Si c'est humainement possible, vous penserez à ce brave garçon. [...] Ne vous tourmentez nullement de Marie Fadette. C'est quand l'occasion se présentera. Je la garde un an et plus s'il le faut»
500 € - 600 €
Lot 237
L.A.S. «G.S.», Palaiseau 1er août [1864, à son amie Mercédès Lebarbier de Tinan ?]; 1 page in-8 à son chiffre. [11023] Après la mort de son petit-fils Marc (21 juillet). «Merci, merci, chère femme ! Je réagis. Je veux et je dois soutenir les autres. Mais le chagrin de mes enfants m'a navrée. N'en parlons pas. Je voudrais effacer l'image des jours que j'ai été passer là-bas auprès d'eux. Je vous donnerai rendez-vous à Paris ou j'irai chez vous. En ce moment je suis trop occupée ici. Je n'ai pu accompagner mes enfants qui voyagent. Jugez si le travail est impérieux. Je vous embrasse bien»
300 € - 400 €
Lot 238
L.A.S., Palaiseau 25 octobre 1864, [au marquis Auguste de Belloy]; demi-page in-8 à son chiffre. [11235] «Merci, Monsieur, croyez que je suis bien touchée de l'accueil que vous faites à ma requête»
150 € - 200 €
Lot 239
L.A.S., Palaiseau 28 janvier [1865], à son ami le Dr Pierre-Paul Darchy; ¾ page in-8. [11415]. Elle lui transmet «une lettre de notre jeune médecin et ami Camille Leclère qui contient toutes les explications demandées. Ce qu'il me dit de faire, est fait à l'instant même. Agissez de votre côté, et bon espoir !»
200 € - 300 €
Lot 240
L.A.S., Nohant 4 octobre 1865, à l'acteur Maurice Desrieux; 3 pages in-8. Amusante lettre. «Avez-vous connu Soeur Anne ? [...] Eh bien j'agis comme elle en regardant au loin si quelque messager n'apporte pas une réponse du théâtre du Châtelet. Je ne vois que la route qui poudroie, quant à l'herbe elle ne verdoie plus»... Il s'inquiète de savoir s'il a reçu la «bourriche de ceps frais et sains comme l'oeil», qu'il lui avait adressée au Châtelet. Il craint qu'ils ne se soient perdus «dans les eaux du déluge. Combien de choses se sont perdues dans ce cataclysme et ma bourriche aura subi le même sort». On la retrouvera peut-être plus tard à l'état de fossile et les savants décrèteront «que ce panier d'osier était la colonne vertébrale d'un mastodonte». Il s'inquiète aussi de n'avoir aucun retour au sujet de la pièce qui n'allait pas et à laquelle il avait proposé d'apporter toutes les modifications nécessaires, «coupures et tableaux nouveaux que vous voudriez». Il le relance: «Raoul Desrieux ou Maurice de la Châtre, à la rescousse !»
120 € - 150 €
Lot 241
L.A.S., Nohant 27 février [1867], à son ami le Dr Pierre-Paul Darchy; 3 pages et demie in-8 à son chiffre. [13054] Elle s'inquiète des Ludre Gabillaud: «Ils continuent à être inquiets de Mme Ludre. Pestel dit qu'ils ont tort. Pourtant cet état se prolonge trop et je voudrais vous voir auprès d'elle. Peut-être emploieriez-vous résolument un traitement plus énergique. Je crois que le pauvre Ludre deviendrait fou s'il perdait cette chère compagne. Ma santé à moi est redevenue bonne après deux mois de tendance à l'anémie. Je peux travailler, c'est l'important». Elle a donné le manuscrit du roman de Darchy à Alphonse Peyrat (directeur de L'Avenir national) «sans l'avoir achevé de lire. [...] je n'avais pas le temps à Paris, où l'on n'a pas celui de respirer, et puis je me suis trouvée trop malade pour lire l'écriture fine. Un jour, Peyrat étant chez moi, j'ai saisi l'occasion pour lui dire: Prenez donc ce livre dont je vous ai parlé. Il est très bon et très curieux. Lisez-le. Il m'a répondu: Du moment que vous en êtes contente, je n'ai pas besoin de le lire, je l'emporte. Il paraîtra après celui qui est en cours de publication et qui est long. Vous savez que [nous] ne payons pas bien cher. Comme j'avais échoué ailleurs, j'ai accepté et, comme Peyrat est digne de toute confiance, je n'ai pas cru devoir l'interroger. À présent, je pense que le moment approche et j'en causerai avec lui [...] Ce que j'ai lu de ce roman m'a semblé curieux, intéressant, instructif comme moeurs, et convenablement écrit»
600 € - 800 €
Lot 242
3 L.A.S., Nohant août-novembre 1867, à Elme Caro; 3 pages, 2 pages et demie, et 2 pages et demie in-8, à son chiffre. Au sujet de son petit-neveu Edme Simonnet qui se présente au baccalauréat. 6 août. «Je suis la grand'tante de trois grands petits-neveux que, déjà, vous m'avez aidé à tirer d'affaire. Tous trois sont de bons sujets, intelligents, et travaillant bien. L'aîné [René] est reçu avocat. C'est au tour du second à être reçu bachelier. C'est une émotion nouvelle pour leur mère et pour moi, car il n'y a pas de fortune, et si ce cher enfant venait à ne pas bien répondre, une année perdue dans cette vie précaire serait un accident fâcheux. - Avez-vous encore un peu d'amitié pour moi ? Pourquoi non, puisque vous m'avez acceptée avec mes défauts ? Eh bien, prenez encore notre enfant sous votre aile. Parlez aux examinateurs qu'il aura, appelez leur indulgence sur un brave garçon dont on a toujours été content au collège, qui a travaillé, et qui sait; mais qui peut se troubler, s'éblouir, et qu'un regard ami peut remettre sur ses pieds. Je ne demande pas une préférence et une injustice, je n'aurais pas l'espoir de l'obtenir; je sais que l'enfant mérite ce que je demande et comme c'est à vous que je le demande, je l'obtiendrai, n'est-ce pas ? [...] Mon neveu s'appelle Edme Simonnet du lycée de Châteauroux»... 26 août. Elle le remercie. «C'est vous qui êtes l'enchanteur, car vous savez m'adoucir une mauvaise nouvelle par la sollicitude que vous me témoignez. Mon pauvre enfant est tout désolé, et je persiste à croire qu'il s'est troublé, et que dans le moment où vous êtes sorti, on lui a fait perdre la tête. C'est un bon élève, studieux et sage; mais nos berrichons ont toujours l'air d'imbécilles quand on les tiraille. Ils ont l'esprit en dedans. Pauvres enfans ! Je comprends bien ça, moi. Si on m'interrogeait sur les choses que j'ai le plus étudiées, je ne pourrais pas répondre un mot. Gardez lui votre protection pour qu'il puisse prendre sa revanche. Je vous tourmenterai encore pour vous le rappeler [...] J'ai tant de malheur et de chagrin ! J'ai perdu mon pauvre vieux ami Rollinat dont vous avez dû entendre parler, car vous êtes venu à Châteauroux. C'était un spiritualiste et un croyant à ma manière. Je ne suis donc pas inquiète de lui, il avait toutes les vertus, tous les mérites ! Mais que la vie est déchirée pour moi !»... 24 novembre. «Non, il n'a pas perdu son tems. Il a travaillé du matin au soir et n'a pris aucun plaisir. C'est un brave enfant, plein de raison, intelligent et qui s'affecte outre mesure de ses deux échecs. Il n'a jamais eu que d'excellentes notes au collège de Châteauroux: mais il est nerveux, c'est un vrai berrichon qui perd la tête quand il n'est plus dans son milieu. Sera-t-il plus heureux, une autre fois ? Non. S'il ne rencontre pas une extrême indulgence, je commence à craindre que ce ne soit pire, car il a l'esprit frappé et nous sommes forcées, sa mère et moi, de le consoler. Nous craignons qu'il ne tombe malade de chagrin. [...] il faudra que vous fassiez quelque miracle pour notre enfant, quand il se représentera. Je vous jure que je n'arrange rien. Je ne saurais pas mentir. C'est un être excellent, plein du désir de bien faire et de se bien conduire. Vous savez bien qu'il y a des organisations qui se dissolvent devant une épreuve. J'en serais, moi, si vous m'interrogiez solennellement, je serais capable de vous répondre que deux et deux font sept»
1 200 € - 1 500 €
Lot 243
L.A.S. «GS», [Nohant décembre 1867, à Anna Devoisin]; 1 page in-12. «J'ai envoyé la note aujourd'hui en la recevant, et j'ai écrit de nouveau de la manière la plus pressante. Ma santé est rétablie. Je t'embrasse»
150 € - 200 €
Lot 244
L.A.S., Paris 5 avril 1868, au marquis de Chennevières; 1 page in-8. Il le prie de «faire admètre ma gravure de la Source d'après Ingres à l'Exposition»
100 € - 120 €
Lot 245
L.A.S., Nohant, 28 juin 1868, à Adolphe Joanne; 2 pages et quart in-8 à son chiffre. [13716] À l'éditeur des guides de voyage, après son passage à Grasse. «Ces erreurs n'étaient pas si graves, cher ami, puisque je m'en souviens à peine. Et puis, ce sont les erreurs d'appréciation de quelqu'un qui n'a peut-être pas vu par lui-même, ce ne sont pas des erreurs de fait. Il y a bien des prétendus Rubens dans l'église de Grasse, mais ce sont de médiocres tableaux italiens d'une époque très antérieure. Il y a bien une villa Sardou où Rachel est morte, mais ce n'est pas une belle villa, c'est une maison folle et affreuse, bâtie par un fou illuminé, et il y aurait une curieuse et triste description à faire de ce dernier asile de la pauvre Rachel. À Grasse la maison de Fragonard toute décorée à fresque par lui, méritait une mention plus étendue. J'oublie mes autres objections si j'en ai. Quand vous ferez une seconde édition, vous me le direz et je consulterai mon journal de voyage. Tout cela n'empêche pas votre grande entreprise de guides, d'être intéressante, utile, bien faire, et de vous faire le plus grand honneur». Elle ajoute que ses «deux petites-filles sont charmantes»
600 € - 800 €
Lot 246
L.A.S. «S.», Paris 21 octobre 1868, [à Charles Poncy]; 3 pages in-8. Elle cherche à se faire engager par Girardin à La Liberté et demande à Poncy de l'aider: «J'ai prié ma mère à son dernier séjour ici d'obtenir que M. Girardin me donnât de l'ouvrage dans son journal. [...] Je connais M. de Girardin mais demander pour soi est très difficile. Et puis il n'oserait peut-être pas refuser à ma mère ce qu'il n'accorderait pas à une autre». C'est bien une «question d'argent». Malgré ses promesses, sa mère ne s'en est toujours pas occupé et a chargé Maurice de le faire. Sans nouvelles, Solange s'inquiète de savoir si Girardin a bien reçu quelque chose: «Je vais encore relancer Maurice. - Et si le silence continue, il me faudra y renoncer. Dans ce cas, je dois aller passer deux mois chez la marquise Viviani à Spa - question d'économie»... Elle souhaite cependant voir Poncy avant de partir, et elle le remercie de tout ce qu'il a fait pour M. d'Aurel, en le priant d'excuser sa maladresse: «J'ai été indiscrète à bonne intention pour lui. Il ne l'a pas comprise et vous a écrit une lettre sotte. [...] Son état de santé est sa seule excuse. [...] Le pauvre Chopin si bon et si bien élevé avait une irascibilité semblable. Il faut pardonner à ceux qui souffrent». Elle attend les Poncy et va faire préparer l'appartement et les lits
200 € - 250 €
Lot 247
L.A.S., Nohant 17 mars 1869, à son ami le négociant André Boutet; 1 page in-8. «Mon ami, voulez-vous remettre pour moi, à Mr Henri Cantel pour solde de livres qu'il m'a envoyés, et dont j'ai la note, la somme de 100 fr.»... Un reçu a été signé en tête de la lettre
200 € - 250 €
Lot 248
L.A.S. «ta tante», [Paris] mercredi soir [26 janvier 1870], à son petit-neveu Edme Simonnet; 1 page in-8 à son chiffre. [14785] «Cher enfant, on ne peut se passer de moi à l'Odéon cette semaine. Pars donc sans moi, j'espère te revoir bientôt chez nous. C'est bon, le chez nous ! Je te bige mille fois»... On joint le faire-part de décès d'Hippolyte-René Simonnet (1897)
250 € - 300 €

Lot 249
Manuscrit autographe signé, Césarine Dietrich, 1870; 1002 pages in-8, en 88 cahiers. Manuscrit complet du roman Césarine Dietrich. Commencé au début de juillet 1870, le roman est terminé le 11 août 1870, en plein déclenchement de la guerre de 1870; Sand écrit à Flaubert le 15 août: «J'ai fini un roman au milieu de cette tempête, me hâtant pour n'être pas brisée avant la fin. Je suis lasse comme si je m'étais battue avec nos pauvres soldats». Césarine Dietrich paraît en 4 livraisons dans la Revue des deux mondes du 15 août au 1er octobre 1870 (George Sand a corrigé les épreuves du 4 août au 19 septembre); retardée par la guerre et la Commune, l'édition en librairie chez Michel Lévy n'aura lieu qu'en septembre 1871. Comme le remarque Wladimir Karénine, Césarine Dietrich occupe une place à part parmi les derniers romans de George Sand: «l'héroïne demeure la même jusqu'à la fin, ce qui est contraire à la poétique de George Sand, elle ne devient ni tendre, ni désintéressée, ni moins égoïste. Césarine ne ressemble donc en rien aux autres dames et demoiselles de George Sand transformées par la puissance du vrai amour. Césarine n'aime qu'elle-même. C'est une toute jeune personne, presque une enfant dont la narratrice de cette histoire, une pauvre vieille demoiselle noble, doit faire l'éducation. Césarine est la fille gâtée et capricieuse d'un riche commerçant; elle n'a plus de mère, et veut non seulement arranger sa propre vie à sa guise, mais encore faire la loi à cette gouvernante, à son père, à tous ses parents et adorateurs. L'aplomb et la suffisance ne lui manquent pas plus que l'adresse et l'habileté à se tirer d'affaire. Elle a toujours le dernier mot, ne se laisse jamais surprendre ni attraper. Sa marche victorieuse à travers la vie rencontre toutefois un obstacle inattendu dans la personne du neveu de sa gouvernante. Ce jeune homme, que Césarine veut compter au nombre de ses adorateurs, décline cet honneur et lui témoigne de l'indifférence. Césarine offensée entreprend une attaque en règle contre le jeune stoïcien, mais le jeune homme la repousse, bien qu'il soit, au fond de l'âme, subjugué par son charme; il ne veut ni se laisser écarter du droit chemin, ni manquer à ses principes. Césarine trahit involontairement devant sa gouvernante sa vraie nature, elle révèle sa fausseté, sa sécheresse, l'absence de toute morale. Puis elle pousse à la démence, à la fureur le plus humble de ses adorateurs, le marquis, qui provoque en duel le fils de sa gouvernante. À la fin, ayant manqué son but et désirant donner le change à ses proches par dépit, par amour-propre, par désir vaniteux de faire admirer la grandeur de sa conduite, elle épouse ce marquis, demi-fou, espérant étonner tout le monde. Cependant immédiatement après son mariage, dame Césarine s'efforce de faire la conquête de son ennemi le plus acharné, l'ami du marquis. Et l'auteur laisse entendre que ce nouveau flirt va trop loin. Il est évident que Césarine, mariée, continuera ses manoeuvres, ses "campagnes", ses triomphes et ses "captures", que, par la logique même des choses, les amusements de cette coquette à froid ne seront plus les innocents romans de Césarine jeune fille». Elle ajoute: «L'attention publique prise par la guerre fit que peu de personnes l'ont lu lors de cette première publication, c'est le roman le moins connu de George Sand. Chose curieuse: Césarine, son père sympathique et bonasse et toute leur parenté sont justement des Alsaciens allemands naturalisés à Paris, se considérant eux-mêmes comme des Allemands» (W. Karénine, George Sand, sa vie et ses oeuvres, t. IV, p. 581-582). Nicole Mozet a mis en évidence que Césarine Dietrich est une réécriture par George Sand du roman de sa fille Solange, Jacques Bruneau (1870), notamment dans sa «thématique sado-masochiste», avec «la condamnation de la femme coquette et tyrannique, mais accompagnée d'une analyse très poussée de la violence érotique. On a l'impression que Solange a entrouvert pour sa mère une porte qui jusque-là lui avait résisté: bien que complètement ignoré, Césarine Dietrich est un des très grands romans sandiens». Solange a directement inspiré «ce personnage de femme mauvaise dès l'enfance, et impossible à amender car incapable d'aimer» (Nicole Mozet, «Deux romans de la violence érotique: Jacques Bruneau, de Mme Clésinger-Sand, et sa réécriture sandienne - Césarine Dietrich», in George Sand écrivain de romans, Christian Pirot, 1997, p. 117-129). Le manuscrit est rédigé à l'encre brune sur 88 cahiers constitués de 5 ou 6 feuillets doubles cousus d'un fil blanc, écrits au seul recto. Il est divisé en quatre parties: 1ère partie (cahiers 1 à 23, pages 1-231), 2e partie (cahiers 24 à 45, pages 232-487), 3e partie (cahiers 46 à 66, pages 488-736), 4e partie (cahiers 67 à 88, pages 737-1002). Le manuscrit a servi pour la composition du texte pour la Revue des deux mondes, et porte les noms des typographes. Il présente d'importantes variantes, avec des nombreuses ratures et corrections, et des addistions interlinéaires. Quantité de passages, parfois de plusieurs lignes, sont biffés et recouverts d'un trait large qui laisse lisible la leçon primitive, avec une nouvelle version rédigée dans les interlignes. Parfois un feuillet rapporté et collé témoigne d'un remaniement plus important. Le manuscrit est signé et daté en fin «Nohant 15 juillet 70» (probablement pour faire croire au lecteur qu'il a été achevé avant la déclaration de guerre)
25 000 € - 30 000 €
Lot 250
L.A.S. «Solange», Cannes 24 novembre 1870, à Auguste Clésinger; 2 pages in-8. Encouragement patriotique à son ex-mari. Elle est très touchée par son souvenir, qu'elle ne veut pas considérer comme un dernier adieu. «Si effroyable que soit l'heure présente, si pénible et périlleux que devienne encore l'accomplissement du devoir patriotique, il est un terme à tout. [...] Il est beau à vous de vous jeter dans la mêlée à ce moment suprême. Ce n'est pas à une mort glorieuse que vous marchez; c'est à la victoire. Cellini n'a pas péri au siège de Rome. Il y a tué le connétable de Bourbon et c'est en France qu'il est ensuite venu créer des oeuvres impérissables. - Il ne se peut pas qu'un projectile inepte, lancé par une main stupide, atteigne un cerveau de génie. Le vôtre appartient à l'histoire de l'art et doit produire de nouveaux chefs-d'oeuvre. Croyez en votre étoile, en dépit des misères de la vie. Le travail est le plus bel apanage de l'homme et c'est ce qui le fait grand»... Si toutefois quelque accident lui arrivait, Solange réclamerait le droit de le soigner. «Courage ! Espoir ! La cause est sainte; vous ne succomberez pas»... On joint une petite l.a.s de Solange Clésinger à Armand Barthet, «Illustre Moineau»; une l.a.s. d'Auguste Clésinger (1865); et une l.a.s. de Clésinger père à Jean Gigoux (Besançon 1839)
200 € - 300 €
Lot 251
Manuscrit autographe par les deux, [vers 1873]; 1 page in-8 au crayon. George Sand et sa petite-fille. Le haut de la page est occupé par une dictée faite par George Sand à sa petite-fille Aurore (qui a noté plus tard en marge: «de George Sand - dictée à Lolo»), qui commence à écrire: «La poule blanche a de beaux yeux qui brillent sous sa blanche huppe un beau petit ventre soyeux qui va bouffant comme une jupe». À la suite de sa petite-fille, George Sand poursuit de sa main ce petit poème: «elle a quatorze nourrissons qui lui servent de crinoline couleur d'ambre sont leurs toisons avec des becs de cornaline sa huppe se dresse en turban son aile se courbe en faucille elle est fière comme Artaban d'avoir une telle famille»
400 € - 500 €
Lot 252
L.A.S., 3 décembre 1873, au peintre Charles Marchal; 3/4 page in-8. Belle lettre de condoléances pour le décès de la mère de Marchal: «Tu vas voir comme il est dur de ne plus voir personne quand on regarde au dessus de soi dans la vie, et comme on est toujours un petit enfant devant le souvenir de sa mère, tu vas regarder partout, tu vas la chercher comme au temps où tu t'accrochais à ses jupons - c'est le plus cruel mais c'est le plus durable des chagrins et c'est ce qui fait qu'il est le meilleur et le plus doux même, car les chagrins qui s'en vont ne vous laissent qu'humiliation de n'avoir pas su les retenir. J'ai le portrait de ma mère devant moi, elle est partie depuis 15 ans - tous les dimanches je cherche ma plume pour lui écrire comme autrefois [...]. Garde ta peine, souffres la, supportes la. Fais-en ton amie, et ta mère alors sera encore là. Il n'y a de morts que ceux qui sont oubliés»... On joint une l.a.s. de Charles Marchal, 6 avril 1869, à sa «bonne mère», lui annonçant sa venue pour dîner le lendemain
200 € - 250 €
